Le spécialiste européen de la formation certifiante en informatique et management pour les entreprises

« Les effets de la crise se font déjà fortement sentir sur les recrutements »

La crise va-t-elle toucher les SSII françaises ? Qui va tirer son épingle du jeu ? Interview de Régis Granarolo, président du Munci.

01net. : En tant que président du Munci, association professionnelle des informaticiens, pensez-vous que la crise américaine très forte dans le secteur IT va toucher les SSII françaises ? 

Régis Granarolo : Oui. Je m'attends à une petite récession du secteur en 2009, je l'espère inférieure à 5 % du chiffre d'affaires global du secteur. Mais cela pourrait aller au-delà en cas de dépression économique en Europe et aux Etats-Unis.

Ressentez-vous les premiers signes de la crise ? Et lesquels concrètement ? 

Les effets de la crise se font déjà fortement sentir au niveau des recrutements : ils sont réduits de manière significative, voire gelés dans de nombreuses SSII, actuellement en position d'attente face à l'évolution du marché. Un de mes collègues suit actuellement une formation de trois mois dans un domaine habituellement très recherché : le décisionnel. Il m'a raconté qu'il y encore deux mois, plusieurs SSII avaient recruté une partie des stagiaires sur profil pour commencer le contrat à l'issue de la formation. Actuellement, plus aucun recrutement n'est effectué. Tout va donc très très vite...

Avez-vous connaissance de SSII qui auraient licencié récemment ? 

On signale peu de licenciements pour le moment, mais on sait très bien qu'ils interviennent généralement au bout de quelques mois, lorsque le taux d'inter contrats devient trop élevé...

Comment se manifeste la crise par ailleurs ? 

Le principal facteur d'évaluation de la conjoncture est l'évolution du nombre de demandeurs d'emplois et celui-ci est à la hausse depuis plusieurs mois - comme nous l'écrivons sur notre site. Par ailleurs, les offres d'emploi sur les principaux sites de recrutement sont en baisse d'environ 30 % par rapport à la même période l'an dernier mais rappelons que le volume des offres est un facteur très peu significatif. Car même en période de crise, les SSII continuent à diffuser beaucoup d'offres d'emploi, à recevoir des candidats, à stocker des CV, etc.

Certaines SSII vont-elles être plus touchées que d'autres ? 

Oui. Les plus petites, les « non spécialisées », celles qui font essentiellement de la régie ou de la sous-traitance pour d'autres grandes SSII risquent d'être particulièrement concernées par la crise. Sans vouloir être « cynique », il pourrait y avoir comme à chaque crise un effet « d'assainissement » du marché relativement bénéfique si un certain nombre de ces SSII sans réelle valeur ajoutée étaient amenées à disparaître... D'une manière générale, comme toujours, les domaines de l'informatique les plus centrés sur la rationalisation ou la réduction des coûts devraient mieux s'en tirer : la virtualisation, le cloud computing, le SaaS et l'ASP, le décisionnel, le conseil en stratégie, etc.

Quels sont les profils d'informaticiens qui seront les plus touchés par ces difficultés ? 

Comme toujours dans notre secteur, ce sont les plus jeunes et les plus « vieux » qui seront les premières victimes de la crise. On cherchera surtout à recruter des profils expérimentés mais avec des salaires très contenus... Les indépendants devraient être davantage sollicités, mais pour des missions plus courtes et des tarifs plus bas.

Y a t il des facteurs encourageants dans tout cela ? 

Jusqu'ici, il y a eu beaucoup de dégâts dans le secteur de la banque/finance/assurance (et donc dans les SSII spécialisées dans ces domaines) mais cela pourrait ne pas durer. En effet, les réformes décidées et prévisibles du système financier vont probablement amener de nouveaux projets : nouvelles harmonisations comptables, consolidation et reporting financier, par exemple. De même, le plan Besson pour le développement de l'économie numérique devrait favoriser le développement de nouveaux projets numériques - Nicolas Sarkozy a parlé de plusieurs dizaines de milliards d'euros ! Il faudra veiller à ce qu'ils profitent bien à l'emploi IT de notre pays... (Source 01 net).