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L'effet de la crise sur les SSII françaises est encore à venir

Secteur en aval du cycle économique, les SSII françaises n'ont pas encore subi le plein effet de la crise dont les conséquences sur les marges pourraient être sanglantes pour les entreprises qui n'ont pas rationalisé leur base de coûts, estiment des analystes.

Les SSII (Sociétés de service et d'ingénierie informatiques) devraient toutefois mieux résister à la crise actuelle qu'à celle connue par le secteur en 2001-2003 à la suite de l'éclatement de la bulle internet, parce qu'elles ont augmenté leur part de revenus récurrents et qu'elles recourent de plus en plus à la main-d'oeuvre "offshore" (principalement dans les pays émergents), expliquent-ils.

L'amélioration des carnets de commandes affichée par bon nombre de SSII l'année dernière ne les protège cependant pas pour autant de la crise.
"Les carnets de commandes ayant été importants, les entreprises n'ayant pas une base offshore importante ont continué à embaucher et ont donc une base de coûts plus élevée. Mais la baisse des chiffres d'affaires va produire un effet ciseaux et la baisse des marges risque d'être sanglante", a expliqué à Reuters Richard Nguyen, analyste à la Société générale.

Jacques Mottard, PDG de Sword Group, a livré à Reuters un diagnostic similaire, expliquant que les sociétés de services allaient chercher à tout prix à retrouver des contrats pour les consultants revenus dans leurs locaux.
"Elles vont consentir des ristournes énormes sur leurs propositions et il va y avoir une forte dégradation de la rentabilité et des volumes", a-t-il souligné.
Selon lui, le marché français des SSII devrait reculer de 5% cette année, une prévision plus pessimiste que celle de la chambre professionnelle Syntec-Informatique qui a réaffirmé en janvier espérer une croissance du secteur au premier semestre.

CAPGEMINI BIEN PLACÉ : Richard Nguyen a cependant estimé que l'impact sur les marges devrait être limité à entre 250 et 300 points de base entre le pic et le creux du cycle contre 300-350 pdb en moyenne lors de la dernière récession parce que les sociétés ont partiellement rationalisé leur base de coût depuis 2006.
Capgemini lui paraît le mieux positionné du secteur des SSII en Europe grâce à un taux de 28% d'effectifs "offshore" à la fin 2008 et ses 20% de chiffre d'affaires réalisé aux Etats-Unis - là où la croissance repartira.
"Elle affiche en outre un bilan solide (avec 774 millions d'euros de trésorerie nette fin 2008, nldr), c'est la seule société en Europe dans ce cas", a-t-il ajouté.

Dans une note récente, Natixis Securities estimait que Capgemini était le mieux placé pour récupérer des clients de Satyam - à la dérive depuis la révélation début janvier d'un scandale comptable - compte tenu de sa présence aux Etats-Unis, principal marché du groupe indien.
"La crise devrait être plus saine dans l'industrie des SSII que celle de 2001-2003. Cette fois, il ne devrait pas y avoir d'effet de bulle", a noté de son côté Olivier Macquet, analyste chez Fortis. "Les sociétés ont augmenté leurs parts de revenus récurrents et semblent avoir vu venir la crise beaucoup plus tôt".

RÉSISTANCE DE L'EXTERNALISATION : Les entreprises les mieux exposées à l'infogérance applicative et le BPO (Business process outsourcing - qui permettent d'externaliser des fonctions respectivement informatiques et non informatiques) parce que ces activités assurent un revenu récurrent plus important, a-t-il ajouté, citant comme exemples Steria ou Sopra.
Richard Nguyen, qui estime lui aussi que l'externalisation devrait bien résister, s'attend à une baisse des ventes dans la maintenance, étant donné le décalage moyen de trois trimestres avec les ventes de licences.

"Les ventes dans le conseil et l'intégration de systèmes vont plonger en particulier", a-t-il souligné. "Le conseil va redémarrer en premier et de manière spectaculaire dès que les P-DG penseront que l'activité va repartir".

Bruno Benoliel, directeur financier d'Alten, a fait état d'une "visibilité réduite". "Contrairement à 2008 ou 2007, où les clients nous parlaient de leurs propres projets de développement pour les trois à six mois à venir, eux-mêmes n'ont pas de certitudes sur leur capacité à relancer les projets dans leurs cartons quand les projets en cours seront terminés", a-t-il déclaré à Reuters.
"Certains clients mettent à profit le contexte économique pour réclamer à nouveau des baisses de tarifs, ce à quoi on avait échappé les deux années passées", a-t-il ajouté.

Les pressions sur les prix et les interrogations sur la sous-traitance dans des secteurs comme l'aéronautique ou l'automobile fragiliseront les plus petites sociétés qui risquent de disparaître ou de se faire racheter, notent analystes et dirigeants d'entreprise.
"Les entreprises qui ont des bilans solides vont pouvoir racheter des petites sociétés non cotées de 10 à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel", a estimé Olivier Macquet. "Il risque d'y avoir une concentration par le bas mais pas de mégafusion dans le secteur".( Source Reuters)