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IBM sur le gril judiciaire

L'association CCIA (Computer and Communications Industry Association) qui regroupe les industriels du secteur, a déposé une plainte contre IBM auprès du ministère de la justice américain pour pratiques monopolistiques autour de ses activités dans les mainframes.

Cette initiative nous ramène de longues années en arrière. C'est en 1969 que s'est ouvert le premier procès antitrust contre Big Blue. A l'époque, IBM dominait de la tête et des épaules l'industrie informatique. On se souvient de l'expression IBM et les sept nains pour qualifier les huit premiers acteurs de ce secteur. Blanche Neige incarnant IBM et les sept nains, les sept constructeurs suivants : Burroughs, NCR, Control Data Corporation, General Electric, RCA et Honeywell. Le chiffre d'affaires cumulé de ces sept acteurs était largement inférieur à celui d'IBM.

A une époque où les PC n'existaient pas et ou les minis venaient tout juste d'apparaître, les mainframes régnaient en maîtres absolus. Par ailleurs, la valeur était principalement centrée sur le matériel, le logiciel était perçu comme un simple complément. 1969 c'est aussi l'année du développement du système d'exploitation Unix qui, même s'il est déclinant, vient tout juste après les versions serveurs de Windows en terme de chiffre d'affaires.

Les gros et les petits ordinateurs : Ce procès avait mis IBM sous pression et a eu des conséquences importantes dans l'histoire de l'entreprise. En particulier, IBM a remanié en profondeur son organisation, la division DPD (Data Processing Division ou Division Ordinateurs) se concentrant sur la commercialisation des mainframes et en créant la GSD (General System Division ou Division des Systèmes de Grande Diffusion) qui serait spécialisée dans celle des System/3 et suivants.

C'est le 8 janvier 1982, sous la présidence de Ronald Reagan, que le gouvernement américain clôt le dossier, libérant ainsi Big Blue d'une lourde épée de Damoclès en concluant qu'il était « sans fondement et qu'il convenait d'y mettre un terme ». Le temps de la justice n'est donc pas celui de la technologie.

Autour d'IBM s'est constituée une industrie du compatible dont Gene Amdahl, un ex ingénieur d'IBM, a été l'une des figures les plus éminentes. Amdahl, Fujitsu, Hitachi, BASF, NAS... autant de fournisseurs qui ont investi ce segment de marché.

Pendant des décennies, cette industrie a vécu sur un décret arrêté par le gouvernement américain stipulant que le constructeur devait licencier sa technologie aux concurrents souhaitant en disposer. L'objectif des autorités américaines était de ne pas maintenir une situation de monopole préjudiciable à l'innovation et aux consommateurs.

Ce décret est devenu caduc en 2001 et depuis cette date IBM a repris le total contrôle de ses logiciels pour mainframes. En particulier, IBM a décidé de ne pas licencier le Z/OS, la version la plus récente des systèmes d'exploitation pour mainframes.

Deux batailles de gagnées : Depuis, IBM a remporté deux batailles judiciaires déclenchées par des concurrents. La première avait été initiée par la société PSI (Platform Solution Inc.) qui considérait qu'IBM établissait un lien insécable entre ses matériels et ses logiciels obligeant les entreprises à acheter les deux. Ce cas s'est trouvé résolu par un accord entre les deux parties qui s'est soldé par le rachat de PSI par IBM.

La seconde plainte antitrust a été déposée par T3 Technologies, une société dans laquelle Microsoft a une participation, pour les mêmes motifs. Cette affaire a reçu une fin de non-recevoir la semaine dernière, émanant d'un juge de l'état de New-York. T3T a indiqué qu'elle ferait appel de cette décision. T3T a également déposé une plainte en janvier dernier auprès de la Commission européenne.

Une nouvelle affaire : La requête posée par la CCIA relance donc cette affaire et, selon le New York Time, le DoJ (Department of Justice) a lancé ses premières investigations, mais n'a pas encore ouvert d'action.

Si l'on ne peut qu'être circonspect vis à vis d'une modification substantielle de l'économie du mainframe, cela nous rappelle l'importance stratégique de cette activité pour IBM. Certes la vente des System Z ne représente que quelques pourcents du CA global d'IBM, mais la filière complète incluant les systèmes de stockage, les logiciels et les services représenteraient selon le cabinet Sanford Bernstein quelque 25 % du chiffre d'affaires. Et certainement une part encore plus importante des bénéfices.  (Source IT Channel)