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Emploi en 2010 : une reprise bien fragile

Par Xavier Biseul 01netPRO

Chômage, recrutement cadre, activité en SSII… Tous les indicateurs sont repassés au vert. Mais la remontée de l’offshore ou le tarissement du financement de la formation pourraient ternir cet optimisme.

Bonne nouvelle. Le marché de l'emploi a, semble-il, touché un point d'inflexion. Il y a une quinzaine de jours, le Pôle Emploi annonçait une légère décrue du chômage après seize mois de hausse ininterrompue. Fin novembre, 29 700 informaticiens étaient à la recherche d'un emploi selon la définition de la catégorie A. Soit une baisse de 0,67 % en un mois. Mécaniquement, le volume de recrutements remonte. Toujours en novembre, le volume des offres d'emploi de cadres dans la fonction informatique progressait, selon l'Apec, de 3 % par rapport à la même période 2008.

Lors de ses vœux à la presse, Jean Mounet, président de Syntec informatique, notait, lui, des « signes de reprise concrets » sur la deuxième quinzaine de décembre 2009. Sur l'ensemble de l'exercice 2010, la chambre syndicale table sur une légère croissance comprise entre 0 et 2 %. Les cabinets d'analystes se montrent plus enthousiastes. Les dépenses mondiales en IT pourraient augmenter de 3,2 % à 8,1 % selon respectivement IDC et Forrester.

Bien loin des niveaux de recrutements de 2008 : Cet optimisme retrouvé se traduit sur le front de l'emploi. Directeur du cabinet de recrutement ITGS Search, Alain Rochard note un vrai mieux depuis la rentrée de septembre 2009, bien que très loin des niveaux de début 2008.

« L'année 2010 est dans le prolongement de la fin 2009 avec une bonne activité, sans plus. A partir de février, on verra à quoi ressemblera le premier semestre. »

Responsable du pôle informatique chez Mercuri Urval, Christine Pruvost, confirme une nette reprise du marché de l'emploi depuis le dernier trimestre. Un rebond qui fait suite à une année 2009 particulièrement difficile.

« Les investissements informatiques étant souvent associés à des budgets de fonctionnement, les entreprises ont supprimé en priorité les embauches dans ce domaine. On a même assisté à de fortes réductions d'effectif qui ont accentué la tendance. »

Alain Rochard précise que durant la crise – si on peut déjà en parler au passé –, « les entreprises internationales ont quasiment cessé de recruter tandis que les sociétés françaises restaient relativement actives, en particulier les éditeurs et notamment les start-up. »

En sommeil durant la crise, l’offshore devrait se réveiller : Si l'on sent bien que la reprise se dessine, elle reste néanmoins fragile. A cela plusieurs raisons. Syntec informatique prévoit « seulement » de 20 000 à 25 000 embauches en 2010 dans le secteur logiciels et services. Le taux de démission étant au plus bas – 2 % en SSII selon Oberthur Consultants –, il n'est pas dit que le solde entre entrées et sorties soit positif. Avec de 16 000 à 18 000 recrutements annoncés en 2009, la profession aura détruit de 7 000 à 10 000 emplois.

Avec un point noir : les jeunes diplômés. La promotion 2010 devrait, comme la précédente, faire les frais de la politique de recrutement actuelle privilégiant les profils expérimentés, immédiatement opérationnels.

En sommeil durant la crise – pour des raisons sociales évidentes –, le phénomène offshore devrait redémarrer. Infosys, vient de relever ses prévisions. La SSII indienne s'attend à une hausse comprise entre 1,8 et 2 % de son chiffre d'affaires en dollars pour son exercice clos fin mars, alors qu'elle prévoyait un repli compris entre 1 et 1,3 %. De leur côté, les grandes SSII françaises – à l'image de Capgemini ou de Steria –, maintiennent sinon réduisent leurs effectifs onshore pour mieux embaucher dans les pays à bas coûts. Si elles ne délocalisent pas, les petites SSII seront, elles, particulièrement pénalisés par la réforme de la taxe professionnelle. « Leur marge pourrait être diminuée de moitié dans certains cas », s'alarme Jean Mounet. Dommage puisque ces petites SSII sortent justement la tête de l'eau.

Autre sujet d'inquiétude : la formation. Alors que les SSII avaient massivement envoyé leurs ingénieurs en intercontrats durant le dur de la crise, le Fafiec, l'organisme paritaire en charge du financement de la formation de la filière, a terminé l'année 2009 avec les caisses vides. Victime de son succès. Son budget sera en baisse en 2010 et les conditions d'attribution durcies. Du coup, les SSII pourraient être tentées de licencier leurs intercontrats faute de pouvoir utiliser le levier de la formation.

Enfin, on assiste depuis le début de l'année à un report des échéances sociales qui devaient jalonner 2010. Le durcissement des pénalités pour les entreprises employant moins 6 % de salariés handicapés a été reporté de six mois. Les PME bénéficient, quant à elles, d'un sursis de trois mois pour mettre en place un accord en faveur de l'emploi des seniors.

Les grandes tendances du recrutement : Si en 2009, crise oblige, les entreprises n’ont pas rivalisé d’imagination pour recruter, elles ont du pain sur la planche cette année. Cinq grandes tendances se dessinent.

La Toile regorge d'outils précieux pour aider les recruteurs à dénicher des candidats. Plus question de se contenter de diffuser des annonces sur les sites d'emploi, les recruteurs doivent revoir leurs méthodes de travail, comprendre par exemple les rouages de Google, et oser diversifier leurs canaux de recrutement. De Twitter à LinkedIn, en passant par Viadeo ou Facebook, et bientôt l'iPhone, ils n'ont que l'embarras du choix.

Dans cette seconde partie de notre dossier consacré à l'emploi 2010, 01netPro revient sur quelques-unes de ces (r)évolutions :

1. Le référencement naturel, un passage obligé pour les recruteurs : En 2010, les recruteurs ne pourront plus faire l'impasse sur Google. « Les entreprises ont manqué la révolution du référencement naturel en 2009. Elles ont quasiment toutes des sites Carrières mal référencés. Du coup, leurs offres ne remontent pas dans les moteurs de recherche. C'est un gros gâchis », explique Laurent Pilliet, patron de Naopresse, agence spécialisée dans les RH, et coauteur de l'ouvrage Tops et flops du recrutement (Studyrama). Résultat : les recruteurs vont devoir sérieusement plancher sur le référencement, apprendre à améliorer la visibilité de leurs annonces en découvrant, notamment, les rouages de Google, en se dotant d'un site Carrières pensé pour le référencement. Un travail qui ne s'improvise pas. Si elles n'ont pas l'appui en interne d'un spécialiste, elles pourront se tourner vers des agences de communication RH ou des Web agency, par exemple. Certains acteurs RH proposent d'ores et déjà une offre dans ce domaine.

2. La généralisation de l'usage des réseaux sociaux professionnels : Le recrutement 2.0 n'a pas dit son dernier mot. Surtout dans des secteurs innovants comme celui de l'informatique. D'une manière générale, les réseaux sociaux professionnels tels que LinkedIn ou Viadeo investissent de plus en plus la sphère de l'entreprise. Des postes de responsables de médias sociaux ou de communautés ont vu le jour dans des sociétés IT (Orange, Dassault Systèmes, etc.), avec un objectif : élaborer de véritables stratégies pour mettre en avant leur marque sur les différents sites communautaires. Une façon peu coûteuse de développer sa notoriété et de contrôler sa réputation. Dans le domaine du recrutement, force est de constater que les recruteurs ne se sont pas tous familiarisés à ces outils. Les chasseurs de tête un peu plus… Toutefois, leur usage se développe. Les recruteurs postent des annonces, font de l'e-mailing payant, ou lorsqu'ils disposent d'un compte Premium, contactent des candidats intéressants. Pour Laurent Pilliet, l'un des avantages reste la qualité des CV déposés sur Viadeo, par exemple. « Elle ne faiblit pas. En plus, les candidats actualisent davantage leur profil sur ces sites que sur des job boards ». Pour Jacques Froissant, fondateur d'Altaïde et cofondateur de Moovement.fr, les recruteurs pourraient aussi, cette année, se tourner davantage vers les moteurs de recherche d'offres d'emploi sur Internet – encore peu utilisés par les candidats – tels que Jobijoba.fr, Moovement.fr ou, les versions françaises des sites américains Simplyhired et Indeed.

3. Facebook, un terrain de chasse pour les recruteurs… : Comment rester insensible aux 15 millions de Français inscrits sur Facebook ? Il y a fort à parier qu'en 2010, les recruteurs aillent davantage à la rencontre des candidats qui se cachent – ou pas – sur le réseau des amis. Les groupes tels que Recrutement et RH 2.0 (1 685 fans) ou Recrutement Web 2.0 (3 596 fans) pourraient aussi se multiplier sur Facebook. Même les cabinets de recrutement créent de plus en plus leur page sur Facebook, offrant parfois une liste des annonces disponibles. « Plus qu'une tendance en 2010, c'est surtout un pari, estime Laurent Pilliet, car les Français ne voient pas Facebook comme un outil professionnel. Mais si des prestataires proposent des systèmes de cooptation sur Facebook, cela peut devenir intéressant. »

4. … Twitter aussi : De plus en plus de recruteurs postent leurs offres sur l'outil de microblogging Twitter. Certaines entreprises, comme le groupe Société Générale, se sont créées un compte sur Twitter pour draguer les candidats, divulguer des offres et leur proposer des conseils. Elles risquent d'être de plus en plus nombreuses à franchir le pas même si, en France, Twitter n'est pas encore très populaire. De leur côté, les candidats à l'emploi – les informaticiens, entre autres – n'ont déjà que l'embarras du choix pour accéder à des annonces, en un clic. 01NetPro, en novembre dernier, avait déjà répertorié plus de 40 comptes susceptibles de les intéresser. La liste Recrutement 2.0 sur Twitter peut aussi leur donner des idées.

5. Le mobile, un nouveau canal de recrutement ? Les recruteurs vont-ils se laisser séduire par l'iPhone ? C'est encore la grosse inconnue. Pour Jacques Froissant, « la consultation des offres sur mobile est aujourd'hui facilitée par la démocratisation des smartphones comme l'iPhone, et le développement de la 3G accessible de plus en plus facilement. Le métro, le RER, le bus sont des endroits privilégiés de consultation Web. ». Les recruteurs ont donc tout intérêt à ne pas bouder ce nouveau canal de recrutement et à diversifier leurs méthodes de sourcing. L'iPhone est aussi bien adapté aux recruteurs mobiles, souvent en déplacement. Certains éditeurs comme Recrutae n'ont pas tardé à proposer à leurs clients une solution de recrutement pour iPhone. Ceux-ci peuvent consulter quotidiennement les derniers CV reçus depuis leur téléphone, y répondre en envoyant, si besoin, des courriers types. Ils accèdent aussi, par exemple, à une série limitée de statistiques sur les embauches effectuées, le nombre de visiteurs et de pages vues sur les offres et le site RH du recruteur, l'origine des visites, etc.