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Comment les SSII poussent leurs seniors vers la sortie

En dépit des récents accords en faveur du maintien des seniors dans l’emploi, les grandes sociétés de services « favorisent » le départ de leurs quinquas. La preuve par exemple avec le témoignage d’un ancien de Capgemini.

Nous l'appellerons Jacques pour préserver son anonymat. Ancien cadre de Capgemini, il s'est vu, à 50 ans passés, poussé vers la sortie comme, selon lui, des centaines d'autres seniors. Son témoignage a valeur d'exemple et peut être, toujours selon ce cadre expérimenté, étendu à d'autres ténors des services de dimension internationale comme Atos Origin ou Steria.

Si le secteur IT est réputé pour son jeunisme, le retournement de conjoncture et la mondialisation auraient précipité le mouvement. Pour préserver leurs marges, les SSII se doivent de contenir leur masse salariale en rajeunissant leur pyramide des âges tout en recrutant à tour de bras dans les pays à bas coût.

Jacques a compris que son sort était scellé lors de son évaluation annuelle. « Quand vous êtes apprécié par votre hiérarchie puis tout d'un coup sous-évalué, vous avez vite compris. Le message est clair. La direction, en passant par les RH, est très bien rôdée à ce mécanisme. 2009 « année de crise » a été l'occasion rêvée de le parfaire. »

La chasse aux sorcières a démarré avec le tournant offshore : Il estime que c'est la marche forcée vers l'offshore, lancée il y a quatre ans, qui a été le déclencheur de cette véritable chasse aux sorcières dans les SSII : « Se donner une stratégie offshore, c'est une politique de court-terme qui privilégie l'actionnaire à la pérennité de l'entreprise. Cela se ressent forcément au niveau de la qualité du logiciel. C'est une hypocrisie entretenue par les acheteurs côté clients ».

Cette philosophie de rationalisation de coûts s'accompagne également d'une revue de tous les frais généraux et notamment des frais immobiliers. Ce qui a conduit à un « déménagement vers des espaces dits « ouverts » pour entasser le maximum de personnes ». Dès lors, les conditions de travail sont devenues pesantes.

« D'une vraie culture d'entreprise, le groupe se réduit à un pilotage à la marge pour satisfaire les actionnaires. Tout en gardant la qualité de ses processus et de ses méthodes, elle se déshumanise. Elle va perdre beaucoup en capital humain et à termes en qualité. Ce qui faisait avant sa réputation. »

Culpabilisés, des cadres travaillent jusqu’à plus d’heures : Jacques évoque un très gros malaise au sein des équipes. « En réorganisation perpétuelle, les gens perdent leurs repères. Ils deviennent méfiants. Comme dans toute structure de management « moderne » on laisse beaucoup de liberté aux cadres supérieurs. Ce qui génère paradoxalement un surcroit de stress car dans le même temps on leur demande des résultats de plus en plus élevés. Avec une absence totale de ligne directrice.

Du coup, les cadres culpabilisent, travaillent chez eux jusqu'à plus d'heure. « Cette liberté de manœuvre croisée à un reporting violent crée un stress colossal. C'est une fausse liberté qui culpabilise l'individu et le rend perméable à bien des stress générateurs de dépression nerveuse ». Jacques a vu, autour de lui, plusieurs cas de burn-out et de "pétages" de plombs. Il a préféré prendre les devants et quitter de lui-même l'entreprise. (Source 01 net)