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Révolution 2.0 : la Tunisie deviendra le leader de l'offshore francophone

La révolution du jasmin permettra très rapidement à la Tunisie de jouir d’un excellent climat des affaires et de répondre aux besoins croissants d’externalisation des services informatiques de l’Europe. (Par Khaled Ben Driss, directeur de la business unit ingénierie logicielle de la SSII tunisienne Oxia. Ingénieur, il est diplômé de l’Ecole centrale de Lyon (promotion 1991) et de l’Université Paris VI (doctorat en électrotechnique et modélisation informatique)

Je souhaite tout d’abord féliciter le valeureux peuple tunisien, mon peuple, qui a écrit avec son sang et sa détermination une page importante de son Histoire. Une révolution 2.0, où un peuple féru des technologies de l'information et de la communication (TIC), a réussi une nouvelle forme d’usage du numérique – de Twitter, à Facebook, des blogs aux vidéos sur Youtube repris intégralement par Al Jazeera – pour échapper à la chape de plomb sécuritaire d’une autocratie sanguinaire. Il a rédigé à la volée un best-seller planétaire Comment renverser une dictature en vingt-et-un jours.

La révolution tunisienne n’est ni virtuelle, ni de jasmin. Elle est réelle, enfantée dans la douleur et par le sang des martyrs. Certes, les TIC ont joué un rôle important, mais au-delà du numérique, je déplore les pertes humaines, et présente mes sincères condoléances aux familles des victimes.

Pour mieux appréhender le contexte tunisien, je souhaite reprendre le fil de l’histoire moderne prestigieuse de la Tunisie, qui a été le premier pays arabe à abolir l’esclavage et la polygamie, à se doter d’une constitution, à donner le droit de vote aux femmes, et maintenant, le premier dont le peuple a courageusement pris son destin en main pour créer les conditions de construire la première véritable démocratie du monde arabe [source Manifeste pour un nouveau départ en Tunisie]

Il faut reconnaître, qu’à ce stade des événements, le pire est derrière nous. La population tunisienne étant homogène à 99,99 %, il n'y aucun risque d'une guerre civile. Grâce à un investissement massif dans l’éducation, depuis l’indépendance en 1956,  la Tunisie a déjà accompli des progrès remarquables dans la production de diplômés :
- un taux d’alphabétisation de 81 % ;
- un taux de scolarisation de 96 % ;
- 500 000 étudiants pour une population de 10 millions d’habitants, dont 50 000 dans les  filières TIC ;
- 60 000 diplômés multilingues par an (61 % de femmes), dont plus de 20 000 ingénieurs et scientifiques.

La qualité des diplômés tunisiens, en TIC notamment, n’est plus à démontrer. Nous avons remarqué, ces dernières semaines, une forte agitation des cabinets de recrutements français sur le sol tunisien avec des embauches directes et massives d’informaticiens tunisiens – le profil le plus convoité : Java, Java EE et web 2.0 – , avec une prise en charge de toutes les formalités de séjour et d’établissement en France.

Un peuple jeune, éduqué, entreprenant :

La Tunisie n’a pas de pétrole, mais un peuple jeune, éduqué, entreprenant, majoritairement diplômé avec un niveau de qualité comparable à celui de l’Europe occidentale et maintenant engagé et fier de sa « révolution 2.0 ». Les Tunisiens associent souvent le mot crise aux mots ouverture et opportunité. L’opportunité serait, cette fois-ci, intimement lié au développement de des technologies de l'information, des services informatiques et du nearshore, afin de générer un nombre conséquent d’emploi pour les diplômés.

Ainsi, l’économie tunisienne se présente avec des indicateurs au vert, qui seront renforcés par ces trois changements majeurs dans l’espace public :

1.L’établissement d’un excellent climat des affaires, grâce à la liberté retrouvée et à l’ancrage de la transparence, donnera rapidement la possibilité à la Tunisie de drainer les IDE (Investissements directs étrangers) et de faciliter l’installation des multinationales qui avaient fui le racket organisé par l’ancien régime.

2.La mise en place d’une administration orientée services débouchera sur une amélioration de la qualité des prestations aux citoyens et aux agents économiques, et maintiendra des coûts parmi les plus compétitifs de la région Euromed. La relance des projets PPP (partenariat public-privé), dont plusieurs grands chantiers bloqués par les vautours du clan Ben Ali (carte d'assurance maladie, carte nationale biométrique, SIRH national, refonte du système d'information de la Caisse nationale de sécurité sociale, registre du commerce…), aidera à dynamiser le marché local des services informatiques.

3.La prise en main par le peuple de ses affaires, avec la mise en place d’un gouvernement orienté citoyens, aidera à la relecture et à la compréhension d'études, qui concordent sur le fait que les services informatiques constituent un axe stratégique de développement de l’économie tunisienne. Le nearshore à forte valeur ajoutée, notamment, offre un important potentiel de création d’emplois pour les diplômés.

25 000 postes déjà créés :

L’offshore tunisien présente déjà un excellent palmarès et s’inscrit dans le registre du best cost et de la valeur ajoutée, avec ses 25 000 postes répartis dans des entreprises comme ADP, Sagem, STMicro, Alcatel, LG, Téléperformance, Fidelity-HRAccess, Sungard-GlTrade, HP, Stream, Altran, LineData, Cassiopae, Aedian, etc.
L’Europe, qui sort à peine de sa crise, offre un potentiel considérable pour l’offshore. Il ne représente que 4,8 % du marché des logiciels et services en France  – soit 1,2 milliard d'euros selon le cabinet Pierre Audoin Consultants, dont 10 à 15 %vers le Maghreb – , contre 20 % en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Avec 26 % de la population maîtrisant le français, selon l’Organisation internationale de la francophonie – comparés aux 13 % du Maroc, 8 % de la Roumanie et 1 % de l’Egypte –, la Tunisie est le nouveau paradis de l’offshore francophone. Des centres de services de développement, de R&D, de tierce maintenance applicative, d’infogérance et de BPO (Business Process Outsourcing).

La révolution tunisienne offre à l’Europe, longtemps proBen Ali, et qui a confondu diplomatie et complicité, l’occasion de se racheter en soutenant la liberté du peuple tunisien, et d’investir massivement dans un nearshore utile au-delà des centres d’appels à faible valeur ajoutée. (Source 01 net)