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Oracle libère OpenOffice : altruisme ou machiavélisme ?

Confronté à une fronde de la communauté OpenOffice et un projet concurrent, LibreOffice, Oracle réagit et propose d’offrir la suite bureautique libre à la fondation Apache.

Changement de licence, migration du projet auprès de la fondation Apache… Oracle réagit avec intelligence à la crise OpenOffice.org, née au moment de l’acquisition de Sun Microsystems. Dans un communiqué de presse laconique, le géant américain a annoncé qu’il proposait à la fondation Apache de lui fournir le code source d’OpenOffice, et de lui basculer la suite open source d’une licence LGPL.

L’accord de la fondation semble acquis, puisqu’Oracle cite Jim Jagielski, son président, qui explique que le rôle de sa fondation est d’accueillir les projets, sans plus de détails. Kevin Cavanaught, vice-président des solutions collaboratives IBM, se montre plus précis : « IBM accueille la contribution d’Oracle du projet OpenOffice à la fondation Apache. Nous étudions comment nous engager plus avant avec les autres membres de la communauté pour développer la technologie et apporter notre support au processus d’incubation de ce projet. »

Le soutien d’IBM est acquis, notamment puisque l’Américain commercialise sa propre suite bureautique Lotus Symphony à partir du code d’OpenOffice.

L'issue d'une crise profonde ? Pas si sûr ! Si cette donation apparaît comme une victoire pour le logiciel libre, cette offre n’est pas dénuée de malice. Car Oracle a choisi de confier le code d’OpenOffice à la fondation Apache et non pas à The Document Foundation (TDF), la structure qui développe LibreOffice, le fork d’OpenOffice. Autre subtilité qui n’en est pas une, le passage d’OpenOffice sous licence Apache va compliquer sérieusement toute réunification de code entre OpenOffice et LibreOffice, publié sous licence LGPL, tout comme l’était OpenOffice.

The Document Foundation a accueilli favorablement l’annonce d’Oracle via un billet de blog. Le communiqué précise que la fondation aurait aimé une réunification d’OpenOffice.org et de LibreOffice à l’occasion du retrait d’Oracle. La décision de ce dernier ne permet pas une telle réunification. Charles H. Schulz, membre fondateur de The Document Foundation et porte-parole pour la France, explique cette position : « Nous pensons fondamentalement qu’il s’agit d’une opportunité ratée. Oracle aurait pu confier ce qu’il reste de la propriété intellectuelle d’OpenOffice à la Document Foundation, il a choisi de ne pas le faire. Cette situation ne permettra pas une réunification. Mieux, si nous nous pourrons récupérer du code publié sous licence Apache, eux ne pourront pas réutiliser nos développements, publiés sous licence LGPL ! »

TDF repousse l’idée de rallier le projet Apache : On l’a compris, l’initiative d’Oracle est loin d’avoir débloqué la situation, et si l’éditeur a mis la balle dans le camp de The Document Foundation, celle-ci n’est pas disposée à se rallier à l’étendard Apache OpenOffice. « Qu’est-ce que notre ralliement à ce projet pourrait bien nous apporter ?Notre objectif n’est pas de développer du code pour des gens qui y trouverait un intérêt en commercialisant une version payante », objecte Charles H. Schulz.

De plus, TDF attend de voir de quels soutiens bénéficiera le projet Apache, notamment de la part d’IBM. Quelles ressources, notamment en matière de développeurs, IBM allouera-t-il au projet Apache, nul ne le sait pour l’instant. De son côté, la Document Foundation, après huit mois de fonctionnement, peut se targuer de 27 millions de postes déployés sous LibreOffice, et on attend la décision des administrations françaises concernant leur fidélité à cette solution (ou une migration).

Si l’aube d’une réunification s’éloigne, un accord a minima sur ODF (le format standardisé OpenDocument implémenté dans OpenOffice) est souhaité par la Document Foundation : « Ce qui serait constructif, c’est que nous puissions instaurer un travail en commun entre nous et IBM sur ODF pour faire avancer le travail. C’est une véritable opportunité à saisir », conclut Charles H. Schulz.  (Source 01 net)