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Intel mise sur la France et ses ingénieurs pour assurer son avenir

Arrivé tardivement dans la téléphonie, le géant de Santa Clara a mis les bouchées doubles pour se rattraper. L’ouverture d’un nouveau centre de recherche et développement à Sophia Antipolis en est la dernière manifestation.

Route des lucioles. A une vingtaine de minutes de voiture de l’aéroport de Nice, le ruban de bitume serpente dans les hauteurs, entre des terre-pleins recouverts de pins. La météo est déplorable. La pluie froide. L’air humide et parfumé. Le plafond nuageux gris. Le nouveau centre de R&D d’Intel à Sophia Antipolis est baptisé par le ciel avant même d’être inauguré par les représentants politiques locaux et quelques hauts responsables d’Intel.

Extérieurement, on s’attendait à des bâtiments tout de verre et d’acier avec Intel écrit en lettres géantes. Ce sont en fait des immeubles de bureau loués de quelques étages seulement, discrets, en retrait de la route, avec un panneau presque caché, qui indique que le géant des processeurs est bel et bien installé ici.

Le nouveau centre de R&D regroupe les salariés d’Intel, leur permet de travailler plus efficacement et marque une nouvelle accélération dans la stratégie de recrutements en France. Plusieurs dizaines de nouvelles embauches devraient avoir lieu en 2013, alors que la pénurie d’ingénieurs point malgré la situation géographique parfaite.

Plus qu’une petite Silicon Valley française : Car, « Sophia Antipolis, c’est la plus grosse technopole de France, avec environ 30 000 employés, essentiellement des chercheurs », proclame fièrement un élu local lors de son discours inaugural.

Sorte de micro Silicon Valley qui mélange les pôles scientifiques, Sophia Antipolis a vu Intel s’implanter doucement en 1999, via le rachat d’une équipe de Texas Instruments. Elle était à l’époque chargée de certifier les produits sans-fil de la marque. A peine une douzaine pour commencer, là, au milieu des pins, alors qu’ils sont près de 300 aujourd’hui. Intel France comptait 106 salariés au 1er janvier 2009 contre presque mille aujourd'hui. 80% faisant partie d'équipe de R&D. L’impulsion a eu lieu en 2009.

Un dossier français : Nous sommes donc en 2009. A Toulouse, Freescale, autre géant des semi-conducteurs, recentre ses efforts et ferme ses portes. Intel y voit une occasion. Stéphane Negre, président d’Intel France, et Philippe Gaglione, « l’homme de l’impulsion », un Français expatrié qui occupe un poste de directeur au siège d’Intel, portent, aux Etats-Unis, un projet de rachat pour créer un pôle de Recherches et Développement dans l’Hexagone.

« Pas un centre de recherche français pour les Français, un centre de recherche en France inscrit de plain-pied dans la stratégie mondiale d’Intel », précise, Stéphane Negre, homme heureux d’avoir eu la chance d’être suivi sur une bonne idée.

Pour autant, la cause n’est pas gagnée d’avance. Des projets similaires et concurrents sont proposés en Chine et en Inde. Des pays où les ingénieurs coûtent (tout compris, salaire, bureau, etc.) respectivement 2,5 et 6 fois moins chers qu’en France, nous précise Stéphane Negre. Le dossier est déposé, défendu. Les dés sont jetés…

Un renouveau pour une nouvelle stratégie : En 2009, justement, Intel a finalisé sa décision d’unifier toutes ses plates-formes autour du x86, l’architecture des processeurs développés pour les PC. Décision qui explique une certain retard du géant sur le marché actuellement et justifie la mise à mort de l’architecture Xscale, qui a motorisé certains smartphones, dont quelques BlackBerry. C’est le début d’une nouvelle ère pour le fondeur, celle de l’ultra mobilité.

Et grâce à Stéphane Negre, l’ultra mobilité d’Intel sera fortement tricolore. Par quel miracle ? Comment a-t-il été possible de s’aligner avec des pays où les ingénieurs ultra qualifiés sont nombreux et moins chers ? Le crédit d’impôts recherche ? Pas seulement, même s’il « aide à payer 30 à 50% des coûts, 50 la première année, mais cela ne couvre pas tous les coûts d’un ingénieur », explique le président d’Intel.

Un coup de pouce donc, mais pas de quoi choisir la France. C’est en fait la « qualité du management business et technique, la qualité des formations techniques et également le lien avec les clients extérieurs » qui fait pencher la balance du côté tricolore. La qualité de la formation, de son suivi, grâce aux pôles de compétence comme Sophia Antipolis, s’avère en effet décisif pour ce site. La reprise du site de Toulouse est, elle, motivée par le lien étroit entre les équipes et un gros client de l’époque… Nokia.

Un smartphone tricolore : En 2011, après le rachat d’une structure d’Infineon, côté Sophia Antipolis, les équipes continuent à s’étoffer. Les deux sites croissent pour atteindre environ 600 salariés au total aujourd’hui. D’où la nécessité de consolider tout cela, tout en les maintenant tous les deux. Car, « vu de Santa Clara, Toulouse et Sophia Antipolis, c’est pareil », plaisante à moitié Stéphane Negre. Et d’ailleurs, les deux sites sont dirigés par la même personne, Thierry Cammal.

En mai dernier, avec des smartphones Intel Inside, la vision de l’ultra mobilité du fondeur a soudainement pris corps. A Sophia Antipolis ou à Toulouse, on a continué à faire de la R&D, à travailler à « l’optimisation énergétique des puces et composants ». En France, on ne fabrique pas les puces, on travaille à leur optimisation, on les teste, cherche à les améliorer. Et de fait « le smartphone Orange avec Intel Inside a été en grande partie intégré et optimisé en France, principalement à Sophia Antipolis », se réjouit Stéphane Negre.

Une plate-forme de test de smartphone : En bas à gauche l'écran, au bout du doigt, le processeur Intel caché par un module de mémoire...
Et de continuer : « le centre leader en R&D (pour l’ultra mobilité, NDLR) est en France, avec des sites satellites en Finlande et aux Etats-Unis ». Cocorico donc. Oui. Mais les projets chinois et indiens ont depuis ouvert leur porte. Et comme le rappelle Stéphane Negre, « l’Inde forme chaque année plus d’ingénieurs que l’Europe et les Etats-Unis réunis ».

Voilà pourquoi il est important pour le président d’Intel France de défendre un système de formation initial et une filière de l’innovation, avec des pôles de compétences, où les équipes sont en constante émulation. Car « il faut assurer la qualité des ingénieurs. La première étape de la compétitivité d’un pays, c’est la R&D », martèle-t-il.

Intel se donne plusieurs années pour « devenir un acteur majeur du marché des smartphones ». D’ici là, à Sophia Antipolis, au milieu des pins, on est déjà passé à la prochaine étape, toute désignée : optimiser les puces Intel pour s’attaquer au marché des tablettes... (Source 01 net)

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