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Langue française : Du Franglais au Geek, en passant par la twittérature !

En ce mois de Mars, qui était, je vous le rappelle, le mois de la francophonie (sic...), le secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, vient de remettre les prix de la première édition du concours « Francomot », un concours qui avait pour but de trouver des équivalents français à cinq termes anglo-saxons très utilisés dans le monde d’Internet et des nouvelles technologies..

« Ce concours est né d’un constat personnel, explique le secrétaire d’Etat : il me semble que la Francophonie n’est pas assez aimée par nos compatriotes... et, tout spécialement, par nos jeunes compatriotes... Avec un concours ludique de ce type, et un jury éclectique et sympathique, je souhaite que nous contribuions à une prise de conscience collective. Trop d’anglicismes sont entrés dans notre vie courante en France ces dernières années ».

Un jury, composé d'une dizaine de personnalités, a choisi le mot « ramdam » comme équivalent de buzz. Un choix classique, alors que des alternatives bien plus imaginatives telles qu'« actuphène », « échoweb » « ibang » ou encore « réseaunance » étaient en lice.

Pour le chat, le jury n'a pas pu départager « éblabla » de « tchatche » ; du coup, les deux ont été nommés vainqueurs ex aequo. Ils ont en tout cas des consonances bien plus sympathiques que le terne « dialogue en ligne » retenu par la Commission générale de terminologie et de néologie, l'organisme chargé d'enrichir la langue française en en faisant notamment disparaître les anglicismes.

En remplacement de newsletter, c'est le sobre « infolettre » qui a été retenu. C'est à peine mieux que la « lettre d'information » prônée par la Commission.

Le jury s'est aussi montré très consensuel dans le choix du substitut de talk, en optant pour le mot « débat ». Les étonnants « parlage », « parlotte », « discut' », « débadidé » et « débatel » ont été écartés. Le dernier terme soumis à l'imagination des étudiants était tuning. Le jury a retenu « bolidage », qui paraît bien trop connoté voiture pour être appliqué aux délirants boîtiers d'ordinateurs personnalisés par leurs imaginatifs propriétaires.

Qu'on se le dise : On ne dira donc plus : Après avoir fait mon tuning, j’ai une newsletter à lire pour préparer le chat et le talk de cet après-midi et faire un peu de buzz sur ces sujets brulants, mais plutôt Après avoir fait mon bolidage, j’ai une infolettre à lire pour préparer l’éblabla et le débat de cet après-midi et faire un peu de Ramdam sur ces sujets brulants.

On peut se demander si ce genre d’opération apporte vraiment quelque chose. D’autant que la probabilité que ces mots soient adoptés est nulle, tant ils font déjà partie de vocabulaire courant et ce depuis déjà bien longtemps....
Ensuite, on ne voit pas vraiment l’intérêt de remplacer un mot étranger par un autre mot tout aussi étranger (Buzz remplacé par Ramdam), d’autant que le nouveau mot retenu ne correspond pas vraiment pas vraiment à l’idée qu’il est sensé représenter. Rappelons que Ramdam est l’altération du mot Ramadam qui est le neuvième mois du calendrier musulman (Dictionnaire Larousse)....

La défense du bon usage de notre langue ancestrale est-elle un combat d’arrière garde ? Je vous laisse juge, d’autant que, hormis la baisse plus que sensible de la qualité de l’enseignement du français à l’école (par bonté chrétienne, je n’irai pas plus loin dans ce constat), la lecture, elle aussi, en en très forte diminution....

La technologie nous sauvera-t-elle ? Bonne question puisque vient de se terminer, à Paris, le salon du livre où la vedette a été le livre numérique !

Ce salon du livre a été l'occasion pour toute la profession (auteurs, libraires et éditeurs) de s'interroger sur l'avenir du marché du livre. Les livres sont-ils trop ou pas assez chers ? Le livre papier a-t-il quelque-chose à craindre de son pendant numérique (l'ebook) ? L'iPad et ses concurrents vont-ils vraiment révolutionner la manière dont nous envisageons la lecture aujourd'hui ? Les éditeurs, les libraires et les professionnels du secteur sont-ils prêts à prendre le virage du numérique ? La question divise.

Que penser alors du livre numérique qui frappe aux portes de la France cette année, après avoir séduit les Etats-Unis et l'Angleterre ? Pour Serge Eyrolles, Président du SNE (Syndicat National de l'Edition) et PDG du groupe Eyrolles, interrogé par Edition Multimedia (N° 10 du 29 mars 2010), le livre numérique ouvre de nouvelles perspectives aux professionnels du livre, car il devrait permettre de toucher de nouveaux publics, qui ne sont pas de grands lecteurs de livre papier. Mais avant de développer des offres, il faut combattre le piratage et notamment Google Books.

« C'est une entreprise de piratage gigantesque » insiste Serge Eyrolles, « 8 millions de livres sous droits auraient été numérisés sans l'accord des ayants-droits » poursuit-il, scandalisé. En décembre dernier, le TGI de Paris a d'ailleurs condamné Google pour contrefaçon (voir plus bas).

Comment faire donc pour contrer Google Books qui souhaite offrir en libre accès des contenus culturels ? Profiter des centaines de millions d'euros " du Grand Emprunt national prévus pour la numérisation du patrimoine écrit " indique Serge Eyrolles, mais aussi créer une plateforme unique de distribution des livres numériques. Ou du moins, faire en sorte que les différentes plateformes existantes soient reliées entre elles et parlent le même langage afin de fournir aux détaillants un accès unique et simple. Le Président du SNE évoque également l'idée d'une TVA à taux réduit, condition nécessaire au décollage du livre numérique. « Les internautes veulent payer leurs livres numériques moins cher que les livres papier, c’est un fait, et leur demande de gratuité est très forte par ailleurs » souligne-t-il. D'où le danger que fait planer Google Books en proposant des milliers d'ouvrages en accès gratuit.

Cela dit, pour le moment, le marché du livre numérique est embryonnaire. Voire inexistant en France. Le livre classique n'a donc pas encore à s'en inquiéter. Mais il est clair que pour certaines catégories d'ouvrages (comme la BD, les livres techniques, les guides et autres ouvrages pratiques) et pour certains publics (les jeunes notamment), le numérique devrait être un atout incontestable.

Serge Eyrolles n’est pas seul à vouloir croiser le fer avec Google : En effet, Gallimard va attaquer Google pour contrefaçon.L'éditeur reproche au moteur de recherche d'avoir numérisé son catalogue de livres sans autorisation ni contrepartie pour les auteurs.

Depuis quatre ans, la maison d'édition Gallimard tente sans succès de faire déréférencer ses livres numérisés sans autorisation par Google sur son service de recherche, Google Livres. Du coup, l'éditeur a annoncé son intention de saisir la justice, lundi 30 mars, lors du Salon du livre.

« Nous allons attaquer pour contrefaçon. Notre avocat a déjà le dossier en main et nous espérons que d'autres éditeurs vont nous suivre », confirme le service juridique de l'éditeur. Gallimard avait commencé par des mises en demeure en 2006 et n'a cessé d'échanger avec le moteur de recherche. Il indique lui avoir communiqué les codes ISBN des livres concernés par la numérisation, afin de faciliter leur déréférencement.

« Au début, ça a fonctionné et puis le système a repris le dessus, reprend-on chez Gallimard. Nous ne sommes pas contre le fait de collaborer avec Google, nous n'avons aucun souci avec ça. Mais il existe des règles, nous avons des comptes à rendre à nos auteurs. »

« Fair use » et droit moral : De son côté, toujours selon Gallimard, Google avance l'argument du Fair use, une notion américaine qui autorise l'utilisation de certains contenus sans forcément demander d'autorisation, du moment que cela se fait de manière raisonnable et appropriée.
Le moteur invoque aussi le droit de citation, ce que Gallimard juge aberrant. « On a affaire à un moteur de recherche qui découpe l'ouvrage en rondelles selon les requêtes, c'est dire l'atteinte à l'intégrité de l'œuvre et au droit moral, sans parler des publicités associées. »

Si l'éditeur décide d'aller maintenant en justice, c'est aussi qu'il attendait de voir ce que donnerait le cas similaire opposant les éditions de La Martinière au moteur de recherche. Or, la justice française a donné raison à La Martinière (1) en décembre dernier. Elle a interdit à Google de numériser les ouvrages de l'éditeur et de donner accès à des extraits. Le moteur américain a fait appel de cette condamnation.
Google ne fait pour l'heure aucun commentaire sur les intentions de Gallimard, précisant simplement qu'à ce stade du conflit, le moteur n'a reçu aucune assignation ou autre convocation de justice.
(1) Et par la même occasion au Syndicat national de l'édition et à la Société des gens de lettres, qui avaient aussi déposé des plaintes.

Ce n’est pas tout…

Que dire de Nintendo et Folio quand ils massacrent un chef-d’œuvre ?
Marcel Proust doit se retourner dans sa tombe. La version électronique de l'ouvrage Du côté de chez Swann, fournie par Folio et intégrée dans la cartouche 100 livres classiques de Nintendo est truffée de fautes.

Lancé le 5 mars dernier en même temps que la DSI XL, la console portable à grands écrans de Nintendo, le logiciel 100 livres classiques propose quelques-uns des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature classique, principalement française.
Son prix, 30 euros, le rend particulièrement attractif, tant pour les amoureux des belles lettres que pour les curieux désireux de découvrir à bas prix les ouvrages des plus grands maîtres : de Hugo à Corneille en passant par Maupassant, Stendhal,  Balzac ou Jules Verne. Et Proust.

Le génial auteur fait lui aussi partie de la sélection d'ouvrages proposés par Gallimard (via la collection Folio) à Nintendo. Mais nul doute qu'il se serait aisément passé de cet « honneur » : Du côte de chez Swann, proposé en version intégrale, est bourré de fautes d'orthographe. Et quand cette dernière est respectée, ce sont des mots qui disparaissent. Page 307, par exemple, il manque le mot « été » ...

Ces coquilles sont d'autant plus impardonnables que c'est Gallimard, qui, après avoir refusé le roman de Proust en 1912, a tout fait pour le reprendre avant de le publier dès 1917, dans la collection NRF.

Bien évidemment, le texte original et le livre de poche édité par Folio sont irréprochables. L'œuvre appartenant au domaine public, il est possible d'en consulter librement la version électronique sur certains sites.

On trouve le même genre de fautes sur la version du Project Gutenberg : Alors d'où vient l'erreur ? Contacté, Mathieu Minel, le directeur marketing de Nintendo France, s’est montré plutôt gêné aux entournures (on le comprend) et a indiqué que c'est Folio qui a fourni les fichiers des différents livres de la sélection, après les avoir convertis dans un format aisément exploitable par Nintendo. La conversion au format DS a ensuite été effectuée par les équipes techniques au Japon. Visiblement, tout le monde a bien travaillé. A voir.

Pour finir, si on vous disait que la Twittérature débarquait en France... juste pour rire ?

Voilà l’histoire : Deux étudiants qui aiment parler de livres, qui s'ennuient et veulent se faire remarquer, cela a donné : la Twitterature, dont la "naissance" date de l'année dernière aux Etats-Unis.
L'entreprise d'Emmett Rensin et Alexander Aciman - à savoir, résumer de grandes oeuvres littéraires en 20 tweets maximum - a fini par traverser l'Atlantique sur l'initiative des éditions Saint-Simon. Ce qui permettra à tous ceux qui affirment ne pas vouloir juger sans avoir lu de se faire leur propre opinion sur le travail accompli par les deux étudiants. Un travail qui, s'il n'a rien de révolutionnaire, repose sur un amour sincère de la littérature (ouf) et une véritable connaissance des oeuvres traitées.

En attestent : les résumés en question, dont certains parviennent à restituer avec humour la teneur de grands romans (De sang-froid, Les Grandes Espérances de Charles Dickens, Moby Dick...). L'humour justement, qui permet de replacer la Twittérature là où elle se situe vraiment : une démarche rigolote, assez similaire d'ailleurs à celle d'Henrik Lange qui, rappelons-le, s'est lui lancé le défi de résumer des livres cultes en trois cases de bd.

De passage à Paris pour la promotion de La Twittérature, le jeune Alexander Aciman ne manque pas de préciser que le but premier était "de faire rire". "Je ne cherche pas à dénigrer la littérature, à remplacer de grands poètes et de grands auteurs, ni à faire des résumés pour les étudiants", ajoute-t-il encore. Une précaution que l'on sait absolument nécessaire dès qu'il s'agit de s'attaquer à des romans couramment admis comme de grands chefs d'oeuvre.

"Sacrilège ? Imposture ?" demandent même dans leur présentation du livre les éditions Saint-Simon, qui ont assurément anticipé le fait que le concept de "littérature minute" ne pouvait pas faire rire tout le monde...

Un florilège de tweets :

"La femme du maire a total niqué ma couverture. Je me suis fait faire des pistolets. Faut que je la foute en l'air." (Le Rouge et le Noir)

"Pangloss a la syphilis. Il est tout difforme. C'est triste, mais bon, tu le regardes et il est vraiment à pisser de rire." (Candide)

"Pour la twittérature de Sur la route, lire Sur la route de Jack Kerouac" (Sur la route)

"Et voilà Lenny a des soucis avec la loi. Comment ils peuvent accuser un gars pas foutu de distinguer un trou de souris d'un trou d'homme ?" (Des souris et des hommes)

Faut-il en rire, comme le conseillent les jeunes auteurs, ou en pleurer ? Joker !

 

 

Quoi qu’il arrive, nier la réalité de l’évolution de notre langue équivaudrait, telle l’autruche (dont l’intelligence est inversement proportionnelle à la longueur de son cou), à se mettre la tête dans le sable...

Et puis, mea culpa, mea maxima culpa, c’est aussi ma faute puisque, dans les news quotidiennes que je publie dans la rubrique “actualités” de notre beau site EGILIA, l’article “Savez vous parler correctement le Geek” (/fr/actualites-formation/19213-savez-parler-correctement-geek.html ) a été, de loin, celui qui a le plus retenu votre attention de lecteurs (Plus de 2000 visites uniques...) !

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