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Chine : De l'imposition de ses propres standards au péril numérique…

 

Nicolas Sarkozy est parti en Chine, la semaine dernière, pour faire avancer la réforme du système monétaire.

L'occasion d'analyser un empire technologique en pleine émergence.

Plus de 46 milliards d’euros, c’est ce que pèsent à eux seuls les trois constructeurs chinois ZTE (Zhongxing Telecom), Lenovo et Huawei Technologies.

Des niveaux d’activité à prendre au sérieux. Car ils prouvent que l’empire du Milieu a utilisé l’industrie comme le porte-avions amiral de son décollage, rendu possible par la politique de l’économie de marché socialiste, initiée en 1978 par Deng Xiaoping.
Une politique dont le point culminant a été atteint lors de l’adhésion de la Chine à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001.

Non seulement la Chine est devenue l’atelier du monde, mais elle affiche un taux de croissance annuel toujours supérieur à 7% (9,1% en 2009). Et son PIB (produit intérieur brut) –de 4980 milliards de dollars en 2009– se positionne juste derrière celui du Japon (5075 milliards), la deuxième économie mondiale.

Grandes manœuvres industrielles : La Chine se hisse très vite aux sommets de la chaîne de valeur industrielle. En 2000, elle ne représentait que 2% de la production globale des puces électroniques. En 2009, selon Digitimes Research, quatre acteurs chinois figurent dans le top 15 mondial: Smic (Semiconductor Manufacturing International Corporation), avec 1,5 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2010, Grace, Hejian et Hua Hong NEC.

De quoi séduire les investisseurs du monde entier.... à commencer par Intel qui, dans le cadre d’une stratégie d’investissement de 4,7 milliards de dollars en Chine, en a injecté 2,5 dans une usine de microprocesseurs dernier cri (des wafers de 300 mm de diamètre, en technologie de gravure à 65 nm), inaugurée en octobre 2010, à Dalian, ville portuaire située à une heure d’avion de Pékin. Un véritable big bang, aussi bien pour les équipementiers internationaux de la microélectronique, tel ASM Lithography, qui se sont concentrés à Dalian, que pour les 80 fournisseurs locaux de l’usine.

Huawei emploie 95000 salariés, dont 43 600 pour des activités de R&D. C’est l’effectif le plus important pour une entreprise chinoise du secteur IT.
 
Le marché informatique domestique (matériel, logiciels et services) se porte bien, lui dont la croissance a été de 11,6% en 2010, à 37,6milliards d’euros. Et il promet une accélération annuelle de 14% jusqu’en 2014 avec le quasi-doublement du chiffre d’affaires, à environ 64milliards.

Selon Mathieu Poujol, directeur associé en charge des technologies chez PAC (Pierre Audoin Consultants), « la Chine est parvenue à un bon niveau sur l’offre de matériel, en partant de l’entrée de gamme pour remonter vers les produits à plus forte valeur ajoutée ». Huawei Technologies, Lenovo et ZTE forment le peloton de tête de cette stratégie.

En concurrence frontale avec Huawei, ZTE (70000 collaborateurs, dont 52500 cadres) prouve que le marché chinois est assez grand pour deux géants de la téléphonie et des équipements pour infrastructures télécoms.

Créé en 1985, le groupe a réalisé, en 2009, un chiffre d’affaires de 6,7milliards d’euros, en augmentation de plus de 36% par rapport à 2008! «Il y règne une ambiance assez austère. Cependant, l’entreprise accomplit ce que le gouvernement lui réclame: sortir des solutions chinoises pour le marché intérieur et à l’export », décrit Philippe Garreau, PDG du Français Microwave Vision Group (MVG), leader mondial des systèmes de caractérisation d’antennes télécoms par scanners et caméras hyperfréquences, installé depuis 2000 à Hongkong.

Une demande intérieure galopante : Le constructeur historique d’ordinateurs chinois, Legend, créé en 1984, est désormais connu sous le nom de Lenovo depuis le rachat, en 2005, de l’ancienne division PC et portables d’IBM (dont les fameux Thinkpad). Avec un chiffre d’affaires de 12,7milliards d’euros et fort de 22205 salariés, «il pourrait devenir un nouveau compétiteur sur le segment des serveurs. Et même se lancer dans les supercalculateurs scientifiques. Mais il ne menace pas les constructeurs américains ou taïwanais », estime Mathieu Poujol. Peut-être manque-t-il de personnalité? «L’entreprise a encore des centres de recherche chez IBM. Lorsqu’on veut parler à la R&D de Lenovo, on n’a affaire qu’à des Américains », poursuit Mathieu Poujol.

Il faut dire que le fabricant cherche à occuper le plus vite possible tous les segments du marché: PC, serveurs, portables, netbooks, tablettes… Ne serait-ce que pour satisfaire la demande intérieure galopante. «Notre défi: transformer cette entreprise chinoise en un groupe réellement international. Nous avons déjà dix nationalités différentes parmi les 20 personnes de notre comité directeur », déclarait, peu avant les Jeux olympiques de 2008, Yang Yuanqing, président du conseil d’administration de Lenovo et membre du comité consultatif international de la Bourse de New York.

Enfin, le champion dans la catégorie poids lourd, Huawei, fondé en 1988, a engrangé 16,7milliards d’euros de recettes en 2009. Il compte les effectifs les plus importants de l’industrie des technologies de l’information chinoise, avec 95000 employés, dont 43600 pour des activités de R&D… Ainsi armé, l’équipementier taille des croupières sans complexe à Alcatel, Ericsson ou Nokia.

Mais pas encore à Cisco. «C’est un trop gros poisson, trop en avance au plan technologique et managérial et qui a su se diversifier dans les serveurs », commente Mathieu Poujol.

Et de conclure: Huawei est arrivé sur le marché avec ses produits low cost au moment où ses concurrents avaient énormément investi et ne parvenaient pas à se restructurer. Un vrai boulevard! Puis ses produits sont montés en gamme. Il conserve néanmoins son avantage compétitif en termes de prix, tout en ayant éliminé ses faiblesses technologiques. »

Pour François-Bernard Huyghe, Docteur d'Etat en sciences politiques, chercheur associé à l'Iris et Directeur de recherches en sciences de l'information et de la communication, il existe, ni plus ni moins, un « véritable péril numérique chinois » ! :

En janvier 2010, quand Google avait mis en cause les autorités chinoises dans l'affaire du piratage de Gmail et de plusieurs grandes sociétés américaines, Hillary Clinton avait aussitôt embrayé, réclamant que tous les pays respectent à l'avenir ce droit de l'homme qu'est le « droit de se connecter ». La secrétaire d'Etat mettait en garde contre les dangers venus de l'autre côté de la Grande Muraille et la presse parlait déjà « cyberguerre froide ».

Depuis, il n'est guère d'affaire d'espionnage industrielle (Renault), ou de piratage informatique où l'on n'évoque, surtout à Washington, la main de Pékin ou plutôt sa souris. Même dans le cas Stuxnet, dossier confus s'il en est, certains suspectent la Chine, tandis que l'Otan se prépare à défendre ses secrets contre une grande cyber offensive venue de l'Est.

Christophe Bronk, ancien diplomate étatsunien,  auteur de  Blown to Bits: China's War in Cyberspace, August-September 2020, annonçait même il y a quelques jours que la Chine avait mis la priorité sur la cyberguerre depuis vingt ans, construit des défenses pour s'isoler du reste du monde, fait un effort de recherche considérable, bref qu'elle se préparait à une véritable cyberguerre : elle consisterait non pas seulement en dénis de service (DDoS), capable de paralyser des sites officiels quelques heures, mais en redoutables attaques contre des infrastructures vitales.

Et de conclure : « Il est temps de se préparer à une cyberguerre avec la Chine », qu'il décrit d'ailleurs avec talent. Rien que cela !

Jeu en aveugle : Pourtant, dans le même temps, un des meilleurs spécialistes mondiaux, Bruce Schneier émet des doutes sur l'existence d'attaques coordonnées de services d'Etat : il  attribue plutôt la recrudescence d'attaques à des pirates, certes incontestablement chinois et sans doute politisés et nationalistes, mais n'obéissant pas forcément à leur gouvernement. Même si l'argument surprend (peut-on monter une structure de hacking en Chine, sans que la police le sache et contrôle l'opération au moins passivement ?), l'autorité de Schneier lui donne du poids.

Ce n'est pas l'auteur de ces lignes qui va résoudre un des secrets les mieux gardés de la planète et un des problèmes techniques les plus aigus. Mais il peut se permettre une remarque d'ordre stratégique.

Pendant la guerre froide, chacun savait quelles était les capacités de l'autre et n'avait pas le moindre doute sur le fait qu'il n'y avait que deux joueurs dans un jeu de « destruction mutuelle assurée » ; ce qui garantissait en principe que personne (sauf à être fou) ne commencerait la partie.

Désormais, nous ne savons ni vraiment ce que peut faire un éventuel adversaire, ni vraiment si c'est un acteur souverain.  Et faute de disposer de certitudes grâce à ses services de renseignement (espérons que c'est le cas de notre pays !), un Etat ne peut que se préparer au pire (la grande cyberattaque) par une sorte de principe de précaution numérique... Tout en ayant la désagréable impression de se faire avoir...

Par ceux qui inventent un péril imaginaire (le Pearl Harbour numérique provoqué par de nouveaux mais cruels asiatiques) ? Ou par un adversaire génial qui fait planer une menace indécise et rend la dissuasion impossible ? Dieu que la vraie guerre froide était simple !

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