Le spécialiste européen de la formation certifiante en informatique et management pour les entreprises

Facebook, origines troubles et liaisons dangereuses...et Cispa, la nouvelle loi pour « sécuriser » le Web américain

 

Véritable colosse économique, Facebook est également au cœur de la vie de nombreux d’entre nous. Et pourtant, les dessous du financement initial de la société comportent de nombreuses zones d’ombre.

Le 9 avril dernier, Facebook annonçait le plus gros rachat de son histoire en faisant l’acquisition d’Instagram pour 1 milliard de dollars. Un investissement assez vertigineux, qui place officiellement la société dans la catégorie des ténors du Web dotés de moyens considérables. Aussi nous semble-t’il pertinent d’essayer de dresser le portrait, en clair obscur et certes parcellaire, de l’origine de ce réseau social qui compte plus de 845 millions d’utilisateurs.

Une histoire fantasmée : Malgré plusieurs livres et un film consacré à la genèse de Facebook, les origines de la société n’en finissent pas de faire fantasmer la Toile. L’histoire officielle rapporte le coup de génie d’un étudiant qui code un annuaire pour ses congénères de faculté pendant ses études. Les débordements et querelles autour de la paternité de Facebook pourraient faire oublier qu’entre sa création et son accession au statut d’acteur incontournable du Net, la société a bénéficié de l’implication et de l’expertise de la crème des « ventures capitalists » de la Silicon Valley.

Et force est d’admettre qu’au-dessus du berceau de ce qui allait devenir la plus formidable machine à collecter des informations personnelles de l’Histoire, on trouve des fées d’un genre un peu spécial....Palantir !

Palantir, un acteur discret mais capital...Cofondée en 2004, entre autres, par Peter Thiel et le Dr. Alex Karp, son PDG actuel, Palantir est une société de sécurité informatique bâtie sur les fondations du « noyau anti-fraude » de PayPal, le site que Peter Thiel a revendu à eBay en 2002.

Palantir a bénéficié, lors de sa création, d’une injection de capital provenant d’In-Q-Tel, le fonds d’investissement capital risque de la CIA, dont le but n’est pas de réaliser des profits, mais « de fournir un avantage technologique aux services de renseignement américains ».

Au-delà de l’analyse et des conseils d’experts, la société propose deux produits principaux : des outils d’analyse, l’un à destination des gouvernements, Palantir Government, et l’autre pour les institutions financières, Palantir Finance.

Des outils souvent décrits comme essentiels par de nombreuses agences gouvernementales américaines, afin d’exploiter des données prélevées de manière douteuse et même illégale par HBGary.

Comme l’ont dévoilé les Anonymous, Palantir avait pris part à l’élaboration d’un projet – présenté sous en-tête Palantir – visant à espionner, attaquer et décrédibiliser Wikileaks et ses soutiens dans la presse. Dans cette affaire, Palantir ne s’était certes pas directement engagée à fournir des solutions offensives, mais « seulement » ses services d’analyse de données, qui auraient le cas échéant servi à exploiter des données prélevées dans des circonstances douteuses, voire illégales. Palantir occupe aujourd’hui les anciens locaux de Facebook.

Des bonnes fées très spéciales : Facebook, tout comme son créateur, fut choisi parmi de nombreux autres projets concurrents et bénéficia d’une première injection de capital de l’investisseur Peter Thiel. Surnommé « le parrain de la mafia PayPal » par la presse financière américaine, Thiel devint le premier angel investor de la société, lui fournissant les moyens nécessaires à son développement.

Mais au moment de son entrée dans Facebook, Thiel avait déjà un impressionnant parcours derrière lui. Il venait de passer près de trois ans à monter Palantir Technologies.
Très actif politiquement, M. Thiel, également membre du désormais célèbre groupe d'influence Bilderberg, fréquente les plus hauts échelons de l’appareil sécuritaire américain, et des personnages comme Michael Chertoff, l’ancien directeur du Department of Home Security est parmi ses relations proches.

Autre venture capitalist hors normes à s’être penché sur le berceau de la startup, Jim Breyer et son fonds d’investissement Accel Partners. Au moment de son entrée dans la danse, Breyer, qui est toujours un membre du conseil d’administration de Facebook, siégeait à celui de la NVCA, pour National Venture Capital Association, une organisation rassemblant des fonds d’investissement spécialisés dans les nouvelles technologies, aux côtés de Gilman Louie, créateur et premier directeur d’In-Q-Tel et d’Anita K. Jones, elle aussi membre du comité d’administration d’In-Q-Tel, et ancienne directrice du DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence de recherche avancée de la défense américaine.

Doutes légitimes : Facebook est ainsi directement ou indirectement lié à plusieurs hauts personnages de l’appareil sécuritaire américain. La plupart des investissements d’In-Q-Tel étant par nature secrets, il est impossible de déterminer avec exactitude les modalités, l’ampleur et les bénéficiaires de ses opérations de financement. Il y a fort à parier que l’organisation utilise, outre ses investissements « déclarés », des montages financiers complexes pour dissimuler la nature de ses opérations, comme tous les services de renseignement de la planète. Certes, cela ne prouve rien, si ce n’est un conflit d’intérêt évident affectant plusieurs mécènes et gros actionnaires de Facebook, entre leur responsabilité envers les usagers du site, et leurs nombreuses activités sécuritaires consistant à prélever et à analyser un maximum d’informations.

Or, l’appétit des hautes sphères de la Défense et de l’appareil de renseignement américain pour l’information et plus de contrôle n’est pas un secret. Difficile d’imaginer que pour les pontes du DARPA et de la NSA, le réseau social n’était qu’une startup comme les autres.

Surveillance 2.0 : La révélation de l’existence du « Total Information Awareness Office » avait provoqué un tollé aux États-Unis, forçant le Congrès à lui couper tous crédits financiers en septembre 2003, alors que sa création datait de janvier de la même année. L’objectif de cette agence du DARPA visait à s’assurer « une connaissance complète de l’information » en captant et en mettant en relation tous les flux d’informations électroniques.

Nul ne sait, cependant, si les activités de l’agence se sont poursuivies sous d’autres modalités. Tout juste sait-on que les logiciels développés dans le cadre du TIAO ont été transférés vers d’autres agences, en particulier la NSA, pour National Security Agency. Peut-on dès lors s’étonner que certains mauvais esprits voient en Facebook  le successeur ou fils spirituel du TIAO, qui aurait accompli l’exploit d’amener les gens à se ficher eux-mêmes avec le sourire ?

Quoi qu’il en soit, nous n’en aurons probablement jamais le cœur net, si l’on se fie à un récent développement dévoilant la nature des relations entre la NSA et un autre acteur high-tech, Google, hors d’atteinte de toute requête FOIA (Freedom of Information Act, la loi américaine sur la liberté d’information), donc secrètes.

Ecœuré par l’adoption systématique, et non pas d’une approche ciblée ponctuelle, d'un stockage et d'une analyse de tous les flux d'informations, un ancien haut gradé de la NSA affirmait récemment que « les États-Unis sont désormais à deux doigts d’un régime totalitaire ».

Dans ce contexte, et même si Facebook n’a été affecté qu’à la marge par ce monde interlope et farouchement secret, on peut s’interroger sur la pertinence de confier des données personnelles et relationnelles à une telle organisation, dans un monde où les frontières entre services grand public et surveillance peuvent être si floues, mouvantes et perméables. D’autant que cette perméabilité pourrait devenir officielle, se voir légitimer, si la loi Cispa, que viennent de proposer deux élus républicains, devenait réalité.

Cispa, une nouvelle loi pour sécuriser le Web américain : Cispa est un projet de loi de protection contre les attaques du Web et qui permet aux entreprises privées et aux agences fédérales d’échanger leurs données.

Sopa et Pipa ne vont pas s’ennuyer car Cispa arrive ! Pour prévenir les cyberattaques et autres menaces informatiques que deux élus républicains, Mike Rogers et Dutch Ruppersberger, proposent une nouvelle loi qu’ils ont appelé Cispa, pour Cyber intelligence sharing and protection Act.

Sa spécificité est d’établir une collaboration entre les agences fédérales et les sociétés du Web qui pourraient échanger informations et données.

« Chaque jour, les entreprises américaines sont ciblées par des États comme la Chine pour l'exploitation cyber et le vol. Ces méfaits provoquent d’énormes pertes qui affectent la propriété intellectuelle, les données sensibles et les emplois américains. La large base de soutien à ce projet montre que le Congrès reconnaît l’urgence d'aider notre secteur privé à mieux se défendre contre ces attaques insidieuses », expliquent les élus.

Rogers et Ruppersberger sont d’ores et déjà suivis par une centaine de membres du Congrès, ainsi que par une autre centaine de soutiens privés parmi lesquels Intel, Oracle, Facebook et Microsoft. Joël Kaplan, vice-président de Facebook, s’est même fendu d’un courrier à Mike Rodgers (document au format PDF, NDLR) pour le féliciter de son initiative.

Rappelons qu'en janvier, Mark Zuckerberg s'élevait publiquement contre le projet Sopa. Il n'a pour le moment rien dit sur Cispa.

Le Congrès veut « saper nos droits constitutionnels » : Cispa, qui s’ajoute aux projets de loi Sopa (Stop online piracy Act) et Pipa (Protect intellectual property Act), a évidement mis le feu chez les défenseurs du Web parmi lesquels l’EFF (Electronic Frontier Foundation) est, une fois encore, en première ligne.

Dans un communiqué, elle réagit vivement en qualifiant Cispa de menace contre les internautes : « Le Congrès veut utiliser la cybersécurité pour saper nos droits constitutionnels. »

En effet, l’EFF craint que le pire ne soit à venir : « La définition « d'objet cybersécurité » évoquée par Cispa est si large qu'elle laisse la porte ouverte à toute forme de censure. »

Une mobilisation s’organise donc contre Cispa. Sur le site avaaz.org, une pétition a été mise en ligne pour « sauver le Web américain ». Elle approche les 600 000 signatures.

EGILIA a obtenu
4.9 / 5 sur
11 avis avec Avis-vérifiés.com

EGILIA https://www.egilia.com/images/egilia-v3/home/logo-egilia.png 22 rue du General Foy, 75008 PARIS +33 800 800 900 De 295€ à 15455€